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Maroc 2005


Balázs fickósan pózol Marrakesh UL-repterén az első előtti napon a gépek összeszerelése előtt
Balázs a l'aéroport UL de Marrakesh, le jour J-1, avant d'attaquer le montage des machines
Jusqu’aux derniers jours je n’ai pas osé avouer ŕ ma compagne qu’on se préparait ŕ un petit raid en pendulaire en Afrique avec les copains de Fly in Paris. Je me sentais coupable d’avance non seulement de mon absence de dix jours et de la prise de risque indigne d’un pčre de famille, mais aussi ŕ cause de ce sentiment de culpabilité inné, spécialement hongrois, lequel paraît ętre génétiquement codé dans notre subconscient collectif, comme le prouvent les paroles de notre hymne national („ce peuple a largement payé...”). Autrement dire: je flairais la bringue, l’aventure orbitale ŕ savourer, et donc plus tard ŕ expier, selon la bonne vieille coutume nationale…
J’ai réussi ŕ débaucher mon ami Balázs Tóth aussi, nous avons donc amené un pendulaire et une moto enduro, pour faire la connaissance des dunes et de l’air ŕ tour de rôle.

Nous étions vingt-cinq ŕ arriver ŕ Marrakech le 25 mars, sur les ailes de Royal Air Maroc. L’auteur moral et meneur de la bande était Stephane Kübler, bien connu par les initiés hongrois. Son bras droit est Bernard, qui gagne sa vie depuis six ans en tant qu’assistant de rallyes et de raids en Afrique avec son camion Renault. Avant, il était instructeur de pendulaire ŕ Biscarosse, mais comme beaucoup avant lui, il a fait un bide. Depuis, il est ŕ tous les rallyes automobile ou moto africains, il connaît chaque col, chaque
Berepülés háttérben az Atlasz hófödte hegygerincével
Vol d'essai devant la crete enneigée de l'Atlas
oued dans l’Atlas, les palmiers des oasis du Sahara le saluent de loin. Quant au troisičme couteau, Jean Michel Rivaud, j’ai eu la chance de le connaître ŕ l’occasion du rallye des Carpates. Il vit depuis trente (30!) ans exclusivement des pendulaires, forme des élčves, fait de l’assistance des raids, et de tournage de films, teste de nouveaux modčles et tout le reste. Malgré ses 51 ans, le sourire malin ne quitte jamais son visage bronzé et tanné par le vent, il incarne le mélange rafraîchissant du professionalisme et de la bonne humeur.
Le Maroc bénéficie d’une situation géographique et culturelle particuličre en Afrique. Comme le
Útvonalon Benil Melal felé
En route pour Benil Melal
rappelle le roi Hassan II dans son livre le Défi: « Le Maroc ressemble ŕ un arbre dont les racines nourricičres plongent profondément dans la terre d'Afrique et qui respire grâce ŕ son feuillage bruissant aux vents d'Europe ». La premičre surprise, c’est la présence de policiers et de militaires ainsi que des photos du roi Mohammed VI. partout. Pour mes contemporains de l’Europe de l’Est, la dictature militaire et la culte de la personnalité évoquent de souvenirs et de sentiments pleins d’ambiguďtés.
S’impose tout naturellement une vieille blague: deux ours polaires se promčnent dans le Sahara, l’un des deux remarque: ça doit ętre bien glissant pour l’avoir tellement ensablé… Je n’arrive pas ŕ imaginer la vie au Maroc sans uniformes, sans interdits et en général, sans les entraves morales de l’Islam, mais avec, ça fonctionne. Par exemple, la notion du vol est inconnue. Męme dans le labyrinthe des medinas et le tourbillon des souks, pas besoin de se méfier de pickpockets, de marchands agressifs ou de mendiants. Les habitants sont amicaux, discrčtement et sincčrement curieux, les policiers respectueux et serviables. A n’importe quel bled perdu, dix minutes aprčs l’atterrissage on a eu la visite garantie de deux policiers (des fois main dans la main, - lŕ-bas, cela ne signifie pas l’appartenance ŕ une minorité sexuelle, seulement l’amitié), habillés en uniforme élégant et sans pli, et leur premičre phrase était toujours: Bienvenu au Maroc, comment ça va? Ensuite, ils ont passé une éternité ŕ remplir des formulaires et d’autres paperasses, mais sans ętre désagréables ou abuser de leur pouvoir. Et pour ce qui est du temps, ce mot a une interprétation trčs large lŕ-bas.
Le roi Mohammed VI. est un type bien sympa, il a fait baisser le niveau d’analphabétisme en-dessous du seuil psychologique de 50 %, et malgré le fait qu’il soit le haut manager national de la réligion officielle, de l’islam, ses décisions reflčtent un esprit laďc et progressiste: pensez
Mesterséges tó Midelt előtt 2500 m magasból.
A víz felszínén látható a szél ereje. A GPS 200 km/h körüli sebességet mutat.
Un lac artificiel avant Midelt, vu de 2500 m .
La surface de l'eau montre la force du vent. Vitesse GPS: 200 km/h
donc qu’il a été capable de faire ramasser tous les sacs plastiques éparpillés par le vent dans son pays!
Une fois arrivés, nous nous sommes fait conduits directement ŕ l’aéroport UL, pour décharger le camion, assembler, vérifier et essayer nos machines. L’Apollo 912 iXess n’a pas pris de coup de vieux depuis septembre dernier, malgré qu’au cours de ces six derniers mois il avait servi ŕ Coulommiers en tant que machine d’école, ŕ raison de 120 heures volées. Le moteur a műri, et Stéphane a accordé l’aile ŕ une vitesse supérieure, j’ai donc récupéré une machine de ręve.
Quand on a jugé d’avoir assez volé, la lune pleine s’est levée; les ailes posées par terre, nous sommes retournés avec le camion ŕ l’hôtel du centre ville, oů tout était de classe, excepté le manque de boissons alcoolisées. Dîner créateur d’une belle tradition, on a mangé du couscous, comme tous les soirs aprčs. Le dernier soir, je n’en pouvais plus, dans mes cauchemars je voyais déjŕ ma compagne m’attendre avec un bon couscous ŕ mon retour… Le lendemain matin ŕ six heures on était déjŕ en route pour l’aéroport, et ŕ huit heures dans l’air, direction Benil Melal. Le paysage n’était que semi-désertique, visiblement l’agriculture est un genre trčs forcé, comme dirait notre počte: „n’est plus mythique, mais pčse toujours sur la conscience”. Premičre chose ŕ digérer: on ne peut pas naviguer ŕ la carte. En raison des dimensions du pays, il n’existe pas de carte ŕ l’échelle
Balázs startol az Apollóval Mideltből Er Rachidia felé
Balázs décolle de Midelt vers Er Rachidia avec l'Apolló
1 : 500000, et celles de 1 : 1.000.000 sont imprécises, il y manquent les éléments facilitant le repérage: les réseaux d’irrigation, les routes secondaires, les petites habitations, et męme les routes importantes, mais récemment contruites. Reste le GPS, et ce qui est encore mieux: le vol en formation avec J. M. Rivaud, „Jean-Mi” pour tous. Lui savait quelle altitude choisir, et connaissait męme les rares vaches possibles. Aprčs Benil Melal, on a pris la direction de Midelt, ŕ 3500 mčtres d’altitude au-dessus du niveau de la mer. Avec le fort vent arričre, les GPS enregistraient des vitesses-sol supérieures ŕ 200 km/h. A Midelt, nous nous sommes posés façon hélico, heureusement la couchée du soleil a lissé le vent. Il fallait par contre faire trčs attention au démontage des ailes et surtout ŕ les clouer au sol avec plein de pierres. L’un des français n’a pas eu le bol. Une rafale a soulevé son aile déjŕ étendue par terre, et l’a jetée avec son proprio s’y cramponnant contre un chariot ŕ 20 mčtres plus loin; pour eux, c’était la fin du raid.
Le lendemain, destination Er Rachidia; pour les pilotes de pendulaire, en suivant la gorge Ziz, pour nous, pilotes de moto, en passant par le fameux „tunnel du légionnaire”, côté sud de l’Atlas. Le paysage a changé: la température a augmenté de prčs de 30 degrés, la végétation a disparu. Notre amitié avec la KTM 640 dont je me suis emparé pour le raid n’était qu’ŕ ses débuts.
Er Rachidia repterén / A l'aéroport d'Er Rachidia
Une étape importante de notre liaison était quand je l’ai couchée dans un gué de cinquante centimčtres. Plongée complčtement, elle a pourtant démarré sans chichis quand je l’ai soulevée. J’ai suffoqué de rage, mais une fois calmé, je faisais déjŕ moins de gaffes. Les pilotes de pendulaires se les caillaient ŕ 3-4000 mčtres d’altitude, d’une part pour retrouver les masses d’air plus paisibles au-dessus de l’inversion, et d’autre part pour des raisons de sécurité: en cas d’arręt moteur, la seule possibilité de vache était la route, mais celle-ci n’avait pas de tronçons droits en abondance, il fallait bien garder une certaine altitude pour en atteindre un. A l’aéroport international d’Er Rachidia on a reçu un accueil royal. Thé ŕ la

 

menthe rafraîchissant, amandes, pistaches, petits gâteaux, coca: tout pour réjouir les européens éreintés. La couchée du soleil nous a trouvés ŕ l’oasis de Merzouga. L’auberge bâtie au pied des dunes avait son charme, ŕ 300 m de distance ŕ peine de la bande servant d’aéroport, dégagée des pierres et compactée. Cette proximité s’est avérée trčs avantageuse ŕ la nuit noire, quand j’ai été tiré du sommeil par le vent soufflant du côté des dunes, tiraillant ainsi les bords de fuite des ailes fixées sur le sol. A la lueur des étoiles, je m’y suis rendu en moto pour constater que deux ailes étaient assiégées par la tempęte de sable de 70-80 km/h.
Merzouga oázis / L'oasis de Merzouga
A l’aide des bedouins installés sur place pour assurer l’illusion d’un service de sécurité et dormant du sommeil du juste, nous avons porté des pierres sur les ailes en danger, pour pas que cette nuit soit la derničre du raid pour leurs propriétaires négligents. Le matin, le vent n’était qu’ŕ 40-50 km/h, en constant apaisement tout l’aprčs-midi, puis le soir il s’est levé de plus belle.
Ceruzaosztás a berber gyerekeknek
Distribution de crayons aux gosses berbers
On n’a jamais bien compris le fonctionnement du systčme. L’itinéraire du jour était simple: voler sur 330 jusqu’ŕ l’oasis d’Erfoud, lŕ-bas se mettre ŕ suivre la seule route asphaltée menant ŕ l’ouest (le numéro 3451 sur la carte), continuer pendant ŕ peu prčs deux heures pour atteindre le camion de Bernard, oů nous comptions s’approvisionner en carburant, puis poursuivre la route jusqu’au patelin suivant, Boulmalne Dades. La premičre étape a été calme, le ravitaillement saisissant ŕ cause des gamins qui ont accouru des villages voisins, mais la seconde plutôt „rock and roll”. Je n’avais pas envie de claquer des dents ŕ plusieurs milliers de mčtres d’altitude, j’ai préféré faire du slalom entre les trombes de poussičre. C’étaient des mini-tornades bien visibles, de cinq-dix mčtres de diamčtre au sol, hautes de 5-600 mčtres, de forme plutôt de colonne que d’entonnoir; en examinant leur mouvement et inclinaison, on arrivait ŕ calculer la direction, l’intensité et le gradient du vent. Je me concentrais ŕ en voir toujours au moins une, et ŕ la contourner du côté luv. Puis le sable est disparu, et au-dessus du sol rocheux, il n’y avait plus de poussičre pour matérialiser ces phénomčnes de thermique spéciaux. A 1200 mčtres d’altitude, j’ai réussi ŕ m’entortiller dans l’une d’elles, l’horizon s’est tourné ŕ la verticale, et le vario a fait immédiatement pousser deux aiguilles supplémentaires (jusqu’ŕ 5 m/s, le Brauniger indique le taux de montée/descente par une aiguille, jusqu’ŕ 10 m/s par deux, au-delŕ par trois.). J’ai enlevé les gaz et resté dans le virage ŕ forte inclinaison. 6 spirales et moins d’une minute aprčs je suis sorti du méga-thermique ŕ 2300 m haut. Peu de temps aprčs nous avons atteint la vallée de Todra, il fallait donc continuer dans le roteur de la cręte de l’Atlas, haute de 3200 m. J’avais l’impression de perdre le plomb de mes dents, il m’est arrivé de ne plus toucher la sellette de mon derričre pendant trois-quatre secondes.
Je suis arrivé ŕ l’aéroport militaire de Boulmalne Dades - bien que deuxičme - au seuil de la tétanie. Je n’ai pas fait attention ŕ ce que la piste était ŕ plus de 1500 m QNH, pas d’arrondi donc, j’ai atterri ŕ plus de 100 km/h de vitesse; Zolika soit loué pour le train robuste dont le Jet Start est équipé!
Quant ŕ la vitesse, c’est une arme ŕ double tranchant en croisičre. Il est vrai que ma machine était de loin la plus rapide au rallye (sauf bien sűr l’autogire), il y en avait męme que j’aurais pu contourner en faisant des galipettes.
Laza kötelékben egy DTA-val Boulmalne Dades előtt / En formation libre avec un DTA avant Boulmalne Dades
Egy kis utasröptetés a Boulmalne Dades-i szálloda sziklafala előtt
Emport de passager devant la falaise de l'hotel a Boulmalne Dades

Par contre, dans de conditions turbulentes j’étais contraint de trimmer l’aile en tortue, d’une part pour ne pas ajouter la vitesse aux „G” (des fois, l’aile claquait tellement fort au-dessus de ma tęte que j’ai cru perdre l’ombre), et d’autre part: le bord de fuite gonflé par des fils flatter confčre un profil „S” ŕ l’Ixess, ce qui la rend autostable et diminue l’effort musculaire nécessaire pour la maîtriser. Je ne peux pas me retenir de me vanter: męme par le temps le plus agité, j’arrivais ŕ faire des photos, souvent des pendulaires dont pilote et passager cramponnaient ŕ quatre mains ŕ la barre, pourtant on avait l’impression de voir un taureau fou (ou vache folle?) au rodéo de San Antonio.
Nous étions logés ŕ 100 mčtres de l’aéroport de Boulmalne Dades, dans un hôtel de style colonial, dont les chambres ont été creusées dans la paroi rocheuse; du coup, pas besoin de climatisation. Le lendemain matin nous avons testé le Tanarg avec Balázs, puis on a fait une excursion dans le canyon de Dades et la vallée des roses, avec des 4x4 et des motos enduro. Un paysage dont la beauté vous fait venir des larmes aux yeux. L’aprčs-midi, nous avons visité le hammam ŕ Boulmalne. Une expérience bouleversante! Le bain semblait plutôt un abattoir clandestin. Imaginez un local en béton de 20 m2, sans fenętre, oů de l’eau chaude s’écoule d’un tuyau gros comme le bras, et de

Balázs itt a Tanargot teszteli, mögötte a szálloda és a reptér
Balázs teste le Tanarg, l'hotel et l'aéroport a l'arriere-plan
l’eau froide d’un autre, plus mince. Chacun a son seau en plastique pour se préparer le mélange adéquat dont il s’asperge en se prélaissant par terre. Deux mamelouks débarbouillent les clients avec un torchon en toile grossičre et de la lessive noire, en s’asseyant sur leur dos ou poitrine. Un plaisir sensuel… pour le masseur; il porte une culotte usée et trouée, mais au moins il n’est pas ŕ poil. Puis vient le massage, ou plus exactement, les astuces de choix de l’inquisition espagnole dans un contexte de bain. L’expert d’une compétence approximative mais d’autant plus ardent tâche de vous casser tous les os, déchirer les muscles et les articulations, arracher les membres, et ainsi de suite. En vous tapotant amicalement, il clapote et claque de la langue pour rendre l’aventure encore plus excitante; lui de sa part éprouve visiblement

A Dades szurdokban terepjárókkal
En 4x4 dans la vallée Dades
Ouarzazate nemzetközi reptere / L'aéroport international d'Ouarzazate
un orgasme massif étendu. Les clients apathiques peuvent se dégager d’entre ses mains aprčs l’éternité d’un quart d’heure, mais les moins chanceux comme par exemple Balázs, qui s’est permis de gémir et de chuinter, ont droit ŕ deux fois plus de „tendresse”. Le programme complet coűte 17 Dirhams par personne (1,5 euros). Le lendemain, c’était mon tour de prendre la moto, dans la vallée de Dades jusqu’ŕ Ouarzazate, dans le tumulte des charrettes ŕ âne et des pick-up Peugeot et Dacia transportant quelques chameaux et 8-10 berbčres ŕ la fois. J’ai revu les autres ŕ l’aéroport international. Jean-Mi avait sa méthode habituelle pour ces cas-lŕ: il est entré dans l’espace aérien ŕ QFE 200 m, comme prévu, puis il attendait les autres ŕ une distance sűre de l’axe de la piste, ŕ deux pas de l’aéroport, au-dessus d’un repčre facile ŕ voir; dčs que tout le monde était arrivé, il s’est annoncé ŕ la tour et a négocié une autorisation d’atterrissage immédiat pour la formation. Difficile ŕ croire, mais la męme bande qui a mis quarante minutes ŕ voler de Farkashegy ŕ Budaörs l’année derničre, ici, menée par Jean-Mi, était capable de se ranger, atterrir ŕ tour de rôle et quitter la piste en moins de cinq minutes. Ils devaient ętre bien motivés par les
Zagora reptere. A látszat csal, még egy
Beech King is leszállt, amíg ott voltunk
L'aéroport de Zagora. Malgré l'apparence,
on a quand meme vu atterrir un Beech King
Fiatal éjjeliőrünk, miután elvittem egy körre
Notre jeune gardien de nuit, apres son bapteme
pilotes des aérobus qu’on entendait confirmer sur la fréquence d’une voix affligée qu’ils attendaient les instructions aprčs l’atterrissage de la formation de 11 ULM. Cerise sur le gâteau: on n’a męme pas été obligé de verser la taxe, comme la loi marocaine prescrit l’exonération fiscale pour les participants des rallyes aériens sur tous les aéroports du pays. Si la fantaisie nous avait pris, nous aurions pu utiliser męme l’aéroport international de Casablanca pour s’entraîner, franco et gratis.
L’aprčs-midi, je suis arrivé ŕ la vallée de la rivičre Dráa, en passant par la montagne Jbel; de lŕ, j’ai fait les 160 kilomčtres jusqu’ŕ Zagora dans une vraie chaleur saharienne. Zagora est une oasis charmante, avec des Kasbah se rengorgeant de dattiers et de piscines. Nous avions un logement somptueux, avec du personnel du style de l’époque coloniale. Le lendemain, nous avons payé ce luxe en retour: nuit au coeur du Sahara sous les tentes berbčres, partagées avec une multitude de scarabées et quelques vipčres des sables. Sans GPS, on n’aurait jamais trouvé le bivouac, je serais incapable de le repérer sur la carte. Pour ce qui est des conditions hygiéniques, n’en parlons pas. Par contre, il était intéressant de voir combien nos „ressources humaines” ont brusquement baissé aprčs quelques jours passés ŕ la nomade. Vendredi matin le décollage a eu lieu dans une ambiance stressée ; la visibilité était trčs mauvaise, et de plus, les bedouins
Szállodánk Zagorában / L'hotel a Zagora
pronostiquaient sa dégradation ŕ cause du sable porté par le vent fort. Dans ma précipitation, j’ai fais une gaffe digne d’un débutant: j’ai oublié de fermer le coffre de mon pendulaire. Au décollage, j’ai entendu l’hélice heurter quelque chose, j’ai hésité ŕ retourner, mais je n’ai senti aucune anomalie et nous étions pressés pour rejoindre le camion ŕ Foum Zguid, ŕ 150 km ŕ l’Ouest. Arrivé au niveau de croisičre, j’ai regardé en arričre et compris. L’une des bandes de fixation est tombée du coffre, une pale d’hélice était ŕ coup sűr fichue; il était rassurant de savoir que dans le camion plusieurs jeux d’hélices m’attendaient. Dčs lors je regardais en arričre chaque minute pour voir si les autres bandes suivaient l’exemple, ce qui m’aurait valu sans doute une vache. Par chance, il n’en était rien; il faut dire que j’ai volé assez haut, d’une part pour éviter les turbulences, et d’autre part pour pouvoir atterrir sur un terrain d’oů j’avais les chances de redécoller aprčs l’éventuel remplacement de l’hélice. Heureusement ce numéro m’a été épargné. Loin de voir le sol, l’horizon était ŕ peine visible. Avant de toucher le sol je n’aurais pas su s’il était rocheux ou en sable mouvant. Pendant la pause de midi, j’ai monté un autre Arplast Ecoprop pour voler jusqu’ŕ Tarroudant. Un ravitaillement supplémentaire s’imposait, puisqu’avec le vent d’ouest venant de la mer on n’avait pas de chance de tenir pendant les 200 kilomčtres restants.
Eh bien, ce vent-ci n’avait plus rien de laminaire. Aprčs deux heures de lutte acharnée contre les éléments, on était seulement ŕ mi-chemin quand l’un des Rotax 503 (ces moteurs consommaient plus de 20 litres/heure avec deux personnes au bord) est tombé en panne sčche, et le pendulaire s’est vaché sur un chemin parallčle ŕ la route. Bernard l’a entendu ŕ la radio, il est arrivé sur place quelques minutes aprčs, nous les avons
Ouled Drissben a sárkánykülönítményre várva/En attendant l'équipe de pendulaires a Ouled Driss
A berber törzsfőnök nem hisz a szemének:
a viharos erejű szembeszél ellenére érkeznek!
Le chef du tribu berber ne croit pas a ses yeux:
ils arrivent malgré le vent tres fort!
Szálláshelyünk / Le bivouac
donc tous rejoints. Ce n’était pas une bonne idée, dčs que je me suis posé sur le sol trčs rocheux, un cailloux rebondissant a tout de suite heurté l’une des pales de mon hélice toute neuve. Une des conclusions ŕ tirer de cette histoire est qu’il faut bien juger la variation de nos performances en fonction du stress et de la fatigue. J’avais encore au moins une heure de vol dans le réservoir, malgré de ne l’avoir pas rempli sur le terrain précédent ŕ cause du changement de l’hélice. Je n’aurais pas dű atterrir sur ce maudit sentier, mais si une fois j’avais déjŕ décidé de le faire coűte que coűte, pour reposer mes biceps et abdominaux éprouvés par la dance aérienne, j’aurais pu le faire avec moteur ŕ l’arręt ou en coupant le contact ŕ l’arrondi: l’hélice n’aurait pas tourné quand le cailloux a rebondi. C’est facile d’ętre malin aprčs coup. Pour redécoller, on a voté pour la route, malgré qu’elle était bordée de lignes électriques et téléphoniques, ŕ vingt mčtres d’écart ŕ peine, et il soufflait un vent de travers. J’ai eu l’honneur d’ętre le
Útban Tarroudant felé / En route pour Tarroudant
premier ŕ tenter l’expérience. Barre sur le ventre, j’ai accéléré ŕ 100 km/h sur l’asphalte, puis poussé la barre avec entrain. Je me suis aussitôt émergé des fils, ils n’ont męme pas eu le temps de me faire un signe d’adieu.
A Tarroudant, c’est encore un hôtel ŕ palmiers et piscine qui nous est échu. On commençait ŕ piger pourquoi l’image paradisiaque de „jardins regorgeant d’eau” se répčte aussi souvent dans les contes des mille et une nuits. Nous avons męme réussi ŕ dénicher de la bičre, des petites cannettes de 25cl pour la somme modique d’environ
A tankolás változatos formái / Les différents moyens pour faire le plein
quatre euros, mais au moins on savait l’apprécier. Surtout Balázs, qui avait franchi ce jour-ci plus de 200 km de dunes et 300 km de routes secondaires avec la KTM. Le lendemain, ŕ cause de la brume de mer ils ne pouvaient décoller qu’ŕ 11 heures ŕ destination de l’aéroport international d’Agadir. Cela aurait pu encore passer, mais ŕ Agadir les formalités, le ravitaillement et l’hospitalité emmiellée ont trop duré, donc au moment oů ils ont enfin décollé pour Essaouira, le vent de face soufflait déjŕ ŕ 40-50 km/h. Les machines équipées de moteurs 912 résistaient bien, mais trois ŕ moteur ŕ deux temps ont dű se vacher sur la route pour reprendre du carburant. L’éternel loser Pierre Joseph, le parachutiste amateur, qui emporte son parachute męme sur le bord d’un 737, qui avait déjŕ perdu sa radio et sa boussole, et qui se faisait toujours attendre, s’est posé pour regarder combien il avait encore de carburant. Bien sűr, sur une bande de sable au bord de la mer, et bien sűr, il s’est renversé en redécollant. Heureusement il n’a rien eu, mais avec le temps qu’il a mis pour se recueillir, la marée haute l’a bloqué sur place pour la nuit. Le lendemain matin il nous a rejoints, mais ne voulait męme pas raconter l’histoire comme d’habitude, bien agrémentée de broderies. A Essaouira, nous avons visité le souk pour se munir de cadeaux et d’objets de souvenir, ce qui est,
Souk Essaouirában / Souk a Essaouira

comme c’est d’une notoriété public, le signe du début de la fin. Le lendemain, il y a eu encore une étape de 230 km avec vent arričre, que j’ai parcourue confortablement au „radada”, ainsi ranimant un peu la vie intellectuelle des chameaux paissants et de leurs gardiens.
Retour ŕ Marrakech pour démonter les machines et faire les bagages, soirée d’adieu, et le lendemain Royal Air Maroc, puis Malév. Il faudra de longs mois pour digérer toutes ces expériences, l’aventure pure et dense; ces quelques jours d’oasis dans le désert du quotidien.

Texte et photo Szabó György
Az útvonal / L'itinéraire


 
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